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Poèmes musicaux

 

 

Le violoniste

 

Quand la vibration se précise,

Douloureuse, intense à hurler,

Alors l’archet semble hésiter

Et la note soudain se brise

Ou s’étiole, bougie soufflée…

La magie se volatilise,

 

La douceur reflue des iris

Pour au cœur se barricader…

Quelle émotion dévastatrice

S’interdit-il de dévoiler ?

La musique, libératrice,

En possède-t-elle les clefs ?…

 

Un instant, j’ai senti l’émoi

D’une parfaite communion…

…Mais l’instant d’après le violon

Redevint simple bout de bois,

Nous laissant à la nostalgie

D’un instant de magie enfui…

 

Pour Raphaël

 

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Chercheur ès musique

Dans le domaine pianistique,

Il traque l’étrange

Et chaque nouveauté sonore,

Arpège ou accord,

L’amuse… Et si ça vous dérange,

Là, il est aux anges !

 

Il adore étonner, surprendre,

Et, explorateur

Sans peur, il mêle les couleurs…

Tentez de défendre

Au nom des traités d’harmonie

La moindre nuance,

La plus petite mélodie :

Il improvise une cadence

Toute en crescendo,

Vous lançant depuis son piano,

Ironiquement,

Un clin d’œil bleu ; il n’obéit

Qu’à sa fantaisie…

 

Remerciez, bonnes gens,

Euterpe qu’il soit musicien :

Chimiste ou physicien,

Je crois bien qu’il eut fait sauter,

Par insouciance, le quartier !

 

Pour Johann

 

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Chez le pianiste

 

Qu’il pleuve ou qu’il fasse beau temps,

La musique se mêle au chant

Des oiseaux, au parfum des fleurs ;

La pluie n’atteint jamais son cœur…

 

Barricadé dans l’argument

D’un impossible emploi du temps,

Il évince, d’égale humeur,

Ce qui trop près frôle son cœur…

 

Son vélo est d’appartement

Et pour profiter du beau temps

Il met le piano au jardin ;

Sa solitude est sans chagrin…

 

En apparence du moins…

 

Pour Johann

 

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Mélodie

 

Délicieusement indécise,

Elle essaye toutes ses robes ;

A l’infini elle s’irise,

D’ombre en lumière se dérobe

 

Et s’échappe, méditative,

Vers un ailleurs intemporel

Quand on la presse ; elle est de celles

Dont le charme tient dans l’esquive…

 

Née du silence, évanescente,

Elle vécut de fantaisie ;

Son écho longtemps nous enchante

Après qu’elle se soit enfuie…

 

A Haydn pour son quatuor « Fantasia »

et à Laetitia qui me l’a réclamée !

 

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Les partitions sont semblables

Aux papillons endormis :

Les ailes ouvertes à demi

Telles les pages vulnérables

De quelque ancien manuscrit

Cachent des couleurs admirables…

 

Vient alors le magicien

Qui de sa baguette en bois fin

Trace en gestes cabalistiques

L’invocation aux musiques…

 

Et tous les papillons s’envolent,

Doux adagio ou barcarolles

Aux arabesques sonores…

 

Les partitions sont des sésames

Laissés par les musiciens morts

Qui y couchèrent leur âme…

 

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Miniature pour clavecin

 

Les sons, nés des cordes pincées,

S’agencent en mosaïques

D’ors et de perles nacrées ;

Avouant en langue de musique

Un désir fou de s’évader…

 

Par la pédale[1] emprisonnés,

Ils tournent en rond, affolés,

Cherchant l’escalier dérobé

Menant à la liberté

D’une autre tonalité…

 

En filigrane, se devine

La folie du Maître[2], tapie

Sous les doubles[3] qui se dessinent

En sol instable, à l’infini ;

De sixtes heurtées en octaves,

Les sons se meurent jusqu’au grave…

 

A Scarlatti pour l’une de ses 555 sonates

Et pour Laetitia grâce à qui je l’ai découverte.

 

[1] Note tenue à la basse, souvent grave

[2] Philippe,  roi d’Espagne, à la Cour duquel Scarlatti finit sa vie

[3] doubles croches

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