Stalker (extrait)

 

 

 

 

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STALKER

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Stalker

 

Morgane ferma la porte de sa chambre et leva les yeux vers le miroir situé derrière celle-ci. Ses cheveux châtains mi-longs étaient ternes malgré des shampoings fréquents et elle avait le regard éteint. Les cernes qui marquaient sa peau un peu pâle renforçaient encore l’impression d’épuisement qui se dégageait de son reflet. C’est pas possible, songea-t-elle avec lassitude, je dors pourtant 9H par nuit ! La plupart de ses amies ne dépassaient pas 6H et aucune ne semblait au-delà du seuil de fatigue normal pour une lycéenne en classe de terminale.

Il est vrai que ses amies ne cumulaient pas trois vies comme elle…

Avec une moue désabusée, Morgane s’assit sur son lit et tira son agenda de son sac. Elle le fixa un moment, comme si l’objet s’apprêtait à la mordre, puis se décida à l’ouvrir. Ses yeux parcoururent les pages les unes après les autres et elle évalua machinalement le temps qu’il lui faudrait pour tout faire. Activité ô combien masochiste puisqu’elle n’arrivait jamais au bout de toutes les tâches listées…

Avec un soupir exaspéré, elle envoya l’agenda s’écraser dans un coin de la chambre et se laissa tomber en arrière sur l’oreiller. Si je pouvais tout simplement m’endormir, là, songea-t-elle, et ne plus penser à rien… Dans trois semaines, les concerts de fin d’année commenceraient. Six ou sept en moins de quinze jours. Ensuite, ce serait les examens, puis le bac… Et à côté de tout cela – musique et école – elle aurait bien aimé pouvoir finir son roman avant la fin de l’année.

 

Quelque chose lui frôla la joue et elle se réveilla en sursaut. Sa chatte était allongée auprès d’elle et la regardait de son habituel air blasé. Morgane passa une main distraite dans la fourrure blanche et jeta un regard à son réveil. Elle sursauta en voyant l’heure - elle avait dormi 2H. Comme si je pouvais me permettre de perdre du temps, maugréa-t-elle intérieurement. Et sans Altesse, je manquais la répétition de ce soir !

Elle roula sur le lit, faisant se hérisser la chatte, et chercha des yeux sa clarinette. L’instrument n’était pas à sa place habituelle. Il est vrai que sa chambre n’était pas un modèle d’ordre, mais elle était pourtant sûre d’avoir laissé son instrument au pied du lit en rentrant... Morgane farfouilla un peu à quatre pattes sur le sol, écartant à grand bruit ses cahiers et ses livres de classe. Rien. Elle jeta un coup d’œil sous le lit, à tout hasard, mais, à part un vieux T-shirt, elle ne trouva rien là non plus. Elle commençait à franchement s’inquiéter quand la voix de sa mère lui parvint :

-          Morgane ! Qu’est-ce que ton instrument fait dans la cuisine ? Et en dehors de sa boîte ? Tu sais le prix qu’on l’a payé ? Tu pourrais être plus soigneuse !

Dans la cuisine ? songea-t-elle avec incrédulité.

Elle récupéra sa clarinette et vérifia son état tout en écoutant d’une oreille distraite les récriminations de sa mère. Encore un coup de Léo, songea-t-elle avec agacement. Son petit frère avait la manie de déplacer sans cesse ses affaires.

-          Où est Léo ? interrogea-t-elle, d’humeur querelleuse.

-          Tu sais bien qu’il est chez William aujourd’hui… On est mercredi.

Morgane avait complètement oublié. Je dois être plus fatiguée que je ne le croyais, reconnu-t-elle de mauvaise grâce. Elle haussa les épaules et décida qu’après tout, il n’y avait pas eu de casse, alors peu importait.

-          Tu vas être en retard, remarqua sa mère.

-          Exact, répondit Morgane avec un regard pour l’horloge murale.

Elle s’habilla rapidement avant de s’élancer sur le chemin du conservatoire.

 

Le lendemain matin, une sonnerie insistante la tira du monde des rêves et elle se leva en grommelant des malédictions à l’encontre de l’inventeur du téléphone. Si c’est ma mère, pensa-t-elle, je l’étrangle. Elle sait pourtant bien que je commence à 11H aujourd’hui.

-          Bonjour mon lapin, je ne te dérange pas au moins ?

Arthur. Un sourire éclaira immédiatement le visage de Morgane.

-          Tu ne me déranges jamais, assura-t-elle. Je te croyais chez ton oncle ?

-          Je suis rentré ce matin. Quand est-ce qu’on se voit ?

Morgane émit un petit sifflement.

-          Excellente question, réfléchit-t-elle à voix haute, visualisant son emploi du temps. Aujourd’hui c’est jeudi… Donc demain, c’est vendredi…

-          Remarquable déduction, fit la voix moqueuse de son copain à l’autre bout du fil.

-          Te fiche pas de moi Arthur, rétorqua-t-elle d’une voix faussement fâchée. Qu’est-ce que tu fais vendredi soir ?

-          Moi rien… mais toi tu as ton café littéraire…

Morgane se frappa le front avec la paume de sa main.

-          J’avais oublié. Si tu connais mon emploi du temps mieux que moi, ça ne va plus… Samedi midi ? proposa-t-elle.

-          Je passe te prendre à 11H30 au lycée ?

Morgane fit la grimace. Si ce bel éphèbe passe à moins de 100 mètres du lycée, songea-t-elle, je vais avoir droit à des rires niais et à des commentaires grivois pendant un mois sur mon passage…

-          Chez moi plutôt.

-          A vos ordres mon capitaine !… Tu m’as manqué tu sais… ajouta-t-il avec une soudaine douceur qui fit fondre Morgane.

Ils échangèrent quelques mots tendres avant de raccrocher.

 

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