Poèmes mathématiques
J’ai entrepris un grand voyage
Dans les méandres compliqués
D’autres lois, d’un autre langage,
Guidée par l’Homme à l’Araignée.
J’ai vu, de mes yeux fascinés,
Le réel se modéliser
En algorithmes heuristiques,
Pictogrammes cabalistiques…
A sa suite, j’ai traversé
Un pont en faisceau de topos,
Au son des vecteurs qui se gaussent,
Et je l’ai écouté conter
Comment il avait rassemblé
Dans l’enceinte d’un théorème
Les intégrales dispersées,
Taillées en ouïes de violoncelle.
Je me suis sentie des envies
De mathico-ethnologie
Envers ces tribus boréliennes
Qu’il m’a dit ouvertes, sereines,
Et j’ai chassé la martingale,
Cet oiseau au chant exotique,
Au cœur des forêts entropiques
- Dédale croissant sans égal…
…Puis le réveil m’a aspirée
Hors de mes fantasmagories ;
Voilà ce que c’est d’écouter,
Avant la nuit, du Villani !
Pour Cédric Villani
Glissons le long du toboggan,
Ce plan tangent à l’océan ;
Caressons la surface avant
De modifier nos référents.
Munis de bouteilles de Klein,
Plongeons dans l’espace euclidien
A la manière isométrique
Des variétés mathématiques.
Empruntons la géodésique
Pour ne point dévier du chemin :
Nombreux, en espace marin,
Sont les écueils hyperboliques.
Prenons un courant convergent,
Tiède ou chaud, en fonction du temps,
Et laissons-le nous dériver
- Tant que le permettra Fourier -
Pour qu’il puisse nous amener
Vers cet abysse inexploré
A la topologie courbée
Qu’on nomme singularité :
C’est la dimension accueillant
Paradoxes et théorèmes
Drapés d’infinis provocants
Résolus à poser problème…
Pour Cédric Villani
Elle intrigue par son mystère,
Sa robe aux reflets de scalaires,
Singularité égarée
Dans un espace linéaire.
En vain l’on veut la courtiser :
Fluide, elle esquive les normes,
Dédaigne tout théorème et…
Déjà, épouse une autre forme.
Arguant de thermodynamique,
Elle s’imprègne d’entropie
Ou se pare d’asymétries,
Usant l’énergie cinétique.
De son passage chez Fourier,
Elle est ressortie transformée :
La coquette à présent ne jure
Que par sa nouvelle courbure.
Ah ! Qui pourra apprivoiser
Cette délicieuse entêtée ?
Qui donc obtiendra le sésame
Du cœur de l’équation Boltzmann ?
Pour Cédric Villani
Vint le jour où les théorèmes
Acquirent la propriété
Émergente et inexpliquée
De la vie… Fuyant les systèmes,
Ils n’eurent rien de plus pressé
Que de gaiement s’éparpiller,
Laissant crouler les fondations
De toutes les démonstrations…
Au cœur de chaque institution,
On vit des savants consternés
Devant leurs tableaux désertés
Parler de sixième extinction,
De nouveau bond d’évolution
Et en vain invoquer Darwin…
Jusqu’à ce qu’un d’eux examine
D’un autre œil la situation :
Troquant règles, compas et craies
Contre propulseurs et sagaies
Et asservissant la logique
A défaut des mathématiques,
Ils partirent à la poursuite
De leurs théorèmes en fuite,
Montés sur de solides lemmes,
Leurs sacs à dos pleins de problèmes.
Pour Cédric Villani
C’est lorsque s’en vient la nuit
Que débute le rituel :
Répétitive gestuelle
Des formules déroulées,
Empilées, amoncelées,
Alignées, décortiquées ;
En va et viens incessants
Du conscient à l’inconscient ;
Dans les replis, les détours,
Des expériences passées ;
En allers et en retours
Du tableau noir au clavier.
Nul besoin de sablier :
Le temps s’amasse, discret
- Au sol, poussière de craie ;
Au bureau, tasses de thé.
L’intuition en fer de lance
Et l’obsession pour emblème,
Il passe la nuit en transe,
Habité par le Problème.
Pour Cédric Villani
La Pythie s’en va mesurer
Quelle est la régularité
Dans les espaces hybridés.
Elle émet un champ de questions :
Le plasma dispose ses ions
En réplique aux oscillations.
C’est avec retard qu’il répond
Consultant tous ses électrons
- Etre stable, c’est être long…
L’écho, soigneusement gardé,
Parfois reste à interpréter…
Pythies de la postérité :
Le confinement magnétique
Préserve la mémoire antique
Au sein du tokamak torique.
Pour Cédric Villani
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